Aie ho aie ho !
17.07.2008 : Désillusions...
Après le dimanche (29) passé en solitaire dans mon superbe dortoir dernière génération, qui sent le moisi dans le vestiaire de la douche, qui ne sent pas spécialement bon dans le réfectoire, qui est décore comme un hôpital (psychiatrique) et j'en passe et des meilleures, j'ai pu découvrir mon entreprise dans laquelle je vais passer les neuf prochains mois. Quelle joie ! (non je blague).
Juste au passage concernant le dortoir, on m'avait dit que j'étais dans le nouveau bâtiment, mais je me demandais, aux vues de certains détails, quand est ce qu'il avait été bâti... J'ai donc fini par poser la question, et oui, il est bien nouveau, mais ca doit faire depuis bientôt 20 ans qu'il l'est ! Quelle chance, j'aurai pu avoir l'ancien qui lui a été construit sûrement 20 ans auparavant ! Si ce n'est plus.
Bref, l'entreprise....... Autre sujet qui fâche....
Lundi matin, l'Empereur, sa femme et le petit prince, sont venus chez moi pour me serrer la pince, mais j'étais alors entrain de faire le tour des chefs du personnel, des chefs de groupes, des chefs de chefs, etc. en les saluant par courbettes et bafouillages.
Puis j'ai récupéré mon uniforme pour ressembler à tous les autres employés de JTEKT, parce que c'est ça l'esprit communiste communautaire.
Pardon pour la confusion entre les termes c'est que parfois je me demande où se place le Japon par rapport à ses idées politiques. Pourquoi les japonais sont-ils obligés de vivre dans le dortoir de l'entreprise pendant les six ans après leur entrée dans l'entreprise (sauf s'ils sont mariés ou qu'ils ont vraiment une bonne raison de ne pas suivre la norme) ? Pourquoi doivent-ils porter un uniforme (sauf les chefs bien sûr). Pourquoi doivent-ils faire la gym tous les matins dans leur bureau dès que la musique s'enclenche (avec souvent un manque de motivation éclatant) ? ...
De plus, chaque matin dans le vestiaire de l'entreprise ou encore avant d'aller manger dans le dortoir (matin et soir), il est possible de lire les slogans poussant à une production rapide et de qualité. Pour en rajouter une couche il paraît même qu'avant la fusion de Koyo Seiko et de Toyota Machine Tools (ayant donné JTEKT) les employés de Koyo avait la chance d'écouter l'hymne de l'entreprise avant la gym...
Puis j'ai rejoint mon labo ou je travaille avec quatre autres employés japonais. Trois de plus de 35 ans et un de 28 ans. Vous pourriez pensez que d'être dans un petit groupe permettrait de créer des liens peut être plus fort et donc s'intégrer plus rapidement dans l'entreprise. Eh bien, on pourrait le penser, mais ce n'est pas le cas. Mes collègues ne sont pas vraiment du genre bavard. Ni pendant le travail ou ils ne parlent pas (ni entre eux, ni a moi) puisqu'ils bossent, ni pendant les repas ou ils ne parlent pas non plus puisqu'ils se nourrissent. Parler serait une perte de temps n'est-il pas ? Ah et par suite logique, ils ne font pas de pause bien sur. De ce fait, pour ne pas devenir moi aussi asocial et autiste j'essaye de rejoindre quotidiennement les quatre suisses de l'entreprise qui eux font des pauses et tant pis si je passe pour un touriste qui ne sait pas rester 8h assis devant un PC à rien faire (j'en suis incapable d'ailleurs).
Pour revenir sur le titre de cet article "désillusions" qui sonne assez sombrement. Avant de rentrer dans l'entreprise (ceci inclus avant de rentrer dans le dortoir puisque c'est intimement lié), je pensais arriver et donner un coup de pied dans la fourmilière. Je pensais prétentieusement être un des premiers stagiaires à réussir à casser l'image de l'entreprise fermée que m'avaient peint plusieurs anciens stagiaires ou que j'avais lu sur internet. Je pensais qu'il suffisait de s'asseoir pendant un repas dans le dortoir à côté d'un japonais et de discuter pour se créer des amis. Je me trompais. Dans cet entreprise, sans vouloir être défaitiste, ce n'est pas possible.
Mais il existe sûrement quelques perles sur l'ensemble des entreprises japonaises, tout n'est pas sombre j'espère. D’ailleurs d'après les échos de Grégory, lui est bien tombé sur ce point, tant mieux pour lui.
Par suite, je ne parle plus beaucoup japonais depuis que j'ai quitté Kanazawa. J'essaye dès que je peux de pratiquer mais les occasions avec des collègues sont malheureusement bien trop rares à mon goût. Ce n'est pas la peine d'ajouter que les trois mois à Kanazawa n'étaient en rien comparables avec la vie d'ici. Autant au niveau de l'apprentissage de la langue qu'au niveau des échanges humains.
Concernant le travail. Aie ! encore un autre point délicat.
Pourquoi ? Tout simplement parce que jusqu'à aujourd'hui il n'y en avait pas... Les journées étaient par conséquent trèèèèès longues... La première semaine je lisais des articles, des rapports d'anciens stagiaires (ce sont les seuls en anglais), et je m'autorisais parfois de lire mes mails. Maintenant c'est presque pareil sauf que je m'autorise parfois à lire des articles.
Tous les jours le responsable de mon projet - qui est encore à définir - me dit de lire les articles - que j'ai déjà lu et relu maintes fois - et de continuer mes recherches. Il n'a pas du se rendre compte qu'il ne m'a pas donné d'objectifs, savoir quoi rechercher est donc une tâche ardue. A moins qu’il me fasse des blagues et qu’il me dise de continuer de lire mes mails personnels, mais ceci me surprendrait.
Cependant, depuis peu il se met à me donner une flopée de nouvelles directives. D'un côté c'est bien car j'aurai enfin quelque chose à faire, de l'autre : comme les directives changent de sens chaque jour je ne sais toujours pas vraiment à quoi me fixer. Quand je lui pose une question sur ce point il panique un peu et me répond vaguement qu'il existe en effet des risques pour que le travail ne soit pas encore décidé.
Je verrai dans quelques semaines si je suis devenu un employé japonais modèle (heures supplémentaires, asocial, ne jamais contredire les directives saugrenues, etc.) ou si j'aurai réussi à conserver mon européanisme (pauses supplémentaires, bavard, râleur, etc.). J'espère m'adapter d'une manière ou d'une autre, quitte à me résigner à oublier mes idéaux de "sociabilisation".
J'espère que vous me suivez encore, il faut dire que depuis le temps que je n'avais pas écrit d'articles c'est sûr que celui-là s'étale. Surtout qu'il y a tant de choses à dire sur l'entreprise. J'aurai bien des choses à dire encore sur le dortoir car depuis deux semaines j'en découvre tous les jours de nouvelles. La seule constante du dortoir est le repas (matin et soir) mais je reviendrai là dessus, je vous laisse mijoter et vous questionnez pour savoir ce qui peut être pareil à chaque fois !
PS : J'ai mis de nouvelles photos dans l'album JTEKT. Certaines montrent que je ne croule pas encore sous le travail et que j'ai quelques minutes à perdre parfois souvent.
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17 Juillet 2008 à 10:35 dans
- JTEKT

Tjours la grande classe !!! Ta photo devrai faire le tour de la terre :P
Ca casse bien le mythe et découragerai beaucoup de personne de bosser dans ces conditions mais c'est le monde de la production, d'autres domaines sont certainement beaucoup plus accueillant !
Allé tcho Nakama
Posté par Haku — 20 Juil 2008, 21:44
Eheh, oui c'est vrai peut etre que meme en Suisse le monde de la production n'est pas le plus accueillant, mais un peu plus d'apres ce que j'avais vu.
Les autres domaines au Japon je ne sais pas. Mais sans faire le defaitiste, je pense bien que la mentalite japonaise est la meme dans beaucoup de boites, quelque soit le secteur.
J'en reparlerai :-)
Posté par kureman — 21 Juil 2008, 10:16
Haaa... je me sens bien dans ma petite ville ou tout le monde sinquiete pour moi et minvite a des nomikai 100% japonaises... la belle vie quoi... mais sinon, cote boulot, je suis dans le meme etat que toi... ca se precise gentiment.. mais tres gentiment...
Posté par greggy — 24 Juil 2008, 22:27