28.07.2008 : description détaillée
Comme ça me tenait à cœur de présenter mon dortoir douillet, je consacre un article spécial pour faire cela.
Tout d’abord, l’entrée du secteur, bien que déjà très accueillante à la base, le devient plus encore grâce à une superbe plaque en acier scintillant indiquant que ce fabuleux palace appartient à JTEKT ; et à personne d’autre. D’ailleurs, quiconque n’appartenant pas à cette grande compagnie sera dans l’instant détecté par une des nombreuses caméras recouvrant l’ensemble du domaine, puis supprimé grâce aux tireurs d’élite placés sur les toits des différents complexes.
En s’avançant sur le macadam - qui n’a rien à voir avec des noix – on atteint la porte d’entrée. Là encore, il est possible de compter deux caméras supplémentaires dissuadant d’éventuels malfrats, ou encore, une femme qui voudrait par hasard embêter un employé innocent la nuit venant. En effet, il est bien marqué dans le règlement du dortoir que les femmes sont interdites d’entrer dans le dortoir. C’est vrai que c’est dangereux une femme, non mais.
Toujours dans l’idée de protéger des intrusions, il faut appliquer une carte magnétique contre un boitier pour déverrouiller la porte. Au cas d’un malencontreux oubli de cette carte, je ne sais pas bien ce qu’il faut faire. Peut-être qu’il faut utiliser le téléphone et coller son œil contre la petite caméra à coté et répondre à une série de questions visant à déterminer si l’on est ou non un répliquant. Ah non, ça c’est dans Blade Runner.
Après avoir surmonté la première épreuve de la carte, il suffit d’enlever ses chaussures et d’aller les placer dans les radieux petits casiers prévus à cet effet. Gare à vous si vous ne les ôtez pas ! Des caméras surveillent !
Par conséquent, il faut sagement chausser ses petits chaussons et ranger ses petits souliers dans les mignonnes boites pas rouillées pour un sou. Chaque employé a naturellement son propre emplacement. Le mien est facile à trouver, c’est le seul écrit en alphabet et non pas en kanji.
Ensuite, direction la chambre. Il faudra emprunter différents chemins selon si la chambre est placée dans la zone Higashi, Minami, Naka ou Kita. Correspondant respectivement à Est, Sud, Centre, Nord. Pourquoi il n’y a pas l’ouest ? C’est comme ça point.
Mon secteur est Higashi, encore une fois - car j’aime à le répéter - c’est le nouveau immeuble, celui qui a 20 ans seulement.
J’emprunte donc un petit couloir pas trop encombré et plutôt bien décoré : une paire de chaussures ici, un gros carton par là, ou encore une guitare, etc. Enfin j’arrive devant ma porte et je deviens le matricule 136.
La chambre, est pas mal. Il y a un lit, une table, des meubles de rangements, une télé et même un frigo. C’est suffisant pour mes besoins vitaux. Ah et j’oubliais, il y a bien sûr une climatisation !!! Sans quoi je serai mort de déshydratation plus d’une fois. Il fait en effet une chaleur incroyable lorsque je rentre à la fin de ma journée, la clim ayant été bien évidemment éteinte pendant ce temps.
Concernant les commodités. Pour revenir sur le sujet. J’ai donc le droit à des toilettes communes sur lesquelles je ne vais pas m’attarder de trop, je veux juste préciser au passage – suite à certaines réactions – qu’il y a bel et bien des portes pour assurer un peu d’intimité ; c’est la moindre des choses. J’ai aussi une salle de bain/douches commune. J’ai réussi à faire une photo mais ce n’est pas facile car d’une part il y a en général toujours au moins une personne. D’autre part, je n’avais pas envie de passer pour un pervers qui prend des photos bizarres dans son coin. Enfin, vous pouvez enfin voir à quoi ressemble un ofuro japonais. Admirez sur votre gauche les sympathiques tabourets, douche et miroir, au centre le bain et sur la droite encore les tabourets et ce qui va avec. Si vous êtes hardi vous avez même le droit de choisir votre tabouret et de l’apporter vers votre place favorite. Pour ma part je ne fais pas le difficile je m’assois sur le premier à disposition.
En général l’eau de la douche peut être chaude ou froide selon la demande. Sauf que bientôt, en août, il y aura LA semaine de vacances d’été de l’entreprise, pendant cette période l’eau chaude sera coupée. Je vais donc mettre les voiles comme tous les autres employés. La plupart rentrent dans leur famille. La mienne étant malheureusement assez loin j’irai découvrir l’Ouest japonais peut-être : Hiroshima, Fukuoka et Nagasaki. Le pèlerinage atomique comme dirait mon chef.
A propos de ces vacances, il faut savoir qu’au Japon, la plupart des entreprises travaillant dans l’industrie ont choisi la semaine du 9 au 17 août pour prendre congé. De cette façon c’est plus pratique, tout le monde est en vacances en même temps et donc les hôtels sont surchargés, les trains sont remplis et bien sûr les prix grimpent.
Les deux autres semaines de vacances de JTEKT sont vers Noël et la Golden week. Là c’est un peu différent, pendant ces semaines tous les japonais sont en vacances en même temps alors qu’en été ce ne sont « que » les employés travaillant l’industrie. En été les jeunes, eux, ont des vacances séparées, il ne faudrait pas que les enfants puissent passer du temps avec leurs parents, ce serait embêtant...
Bref, revenons à la cabane bambou bambou. Vous savez que je prends mes repas matin et soir dans le réfectoire du dortoir. Vous pouvez observer qu’il n’y a personne sur la photo. C’est normal, j’ai pris la photo samedi et la cuisine est fermée le w-e. En attendant il n’y a pas beaucoup plus de monde en semaine non plus. Une dizaine de personnes maximum mangent en même temps. Les autres sont : soit encore dans l’entreprise pour faire des heures sup.. sup.. super, soit dans leur chambre pour dormir, regarder la télé, etc. La plupart du temps, les dix personnes mangeant en même temps se répartissent dans le volume à disposition. Un ici, un autre là. Rares sont les groupes. Parfois il est possible de voir trois personnes manger à la même table et même se parler !
Comme c’est un point connu que les repas se passent souvent silencieusement, une télé est placée dans la pièce pour casser cette ambiance un peu glauque. Tout le monde regarde l’écran en mangeant, ce qui permet de s’ouvrir d’avantage aux autres.
De mon côté j’ai un ami, chinois : Chin (c’est son nom), avec lequel je mange et aussi discute (en anglais puisqu’il ne parle pas japonais). Nous sommes les deux seuls gaijins (étrangers) du dortoir. Parfois un japonais mange avec nous, mais ce n’est pas très fréquent.
De plus, pour nous, les stagiaires (Chin et moi), le repas gastronomiques de la cantine sont gratuits. Les employés doivent pour leur part payer à chaque fois. Beaucoup préfèrent acheter leur propre nourriture, ce que je comprends. C’est aussi une raison pour laquelle le réfectoire n’est pas surpeuplé.
Le repas du matin consiste en un bol de riz qu’il est possible de remplir à son gré, un bol de soupe - miso naturellement, mais qui est plutôt mi-eau que miso – et d’un truc à base d’œuf. Le plus souvent l’œuf est cru ou tout juste cuit. Ce qui fait que je ne mange en général que le riz et la soupe. Vous verriez la tête de l’œuf cru, notamment lorsqu’il est arrosé de soy sauce, vous feriez pareil.
Le repas du soir consiste en un bol de riz qu’il est possible de remplir à son gré, un bol de soupe – miso naturellement, … oh, je me répète … parfois il y a un bouillon aussi – puis des pickles (cornichons, radis, gingembre ou autre chose vinaigré en rondelle) et un plat : poissons, truc gluant, viande, etc. Pour le repas du soir il faut au préalable s’être inscrit grâce aux ordinateurs prévus uniquement à cet effet. Si on sait lire le menu de la semaine il est même possible de savoir à l’avance ce qui va être servi. Comme je ne sais pas, c’est toujours une surprise. Le chef s’appellerait Uncle Ben’s, ce serait toujours un succès et donc je ne me ferai pas de soucis, mais dommage ce n’est pas lui qui fait la cuisine.
Juste encore un mot sur les machines à laver. Mon étage a deux machines et deux sèche-linges à disposition. Il faut payer 200.- ¥ environ pour chaque usage. Ce n’est pas donné pour l’effet produit, mais je n’ai pas le choix, à moins de faire comme Chin qui lave lui même son linge à la main, ce qui donne à peu près le même résultat. Bref, je suis fainéant et je paye. Pourquoi dis-je que le résultat est équivalent ? Tout simplement parce que les machines lavent à l’eau froide. Par suite, les tâches, la transpiration etc. ne sont pas vraiment nettoyées. Ceci dit, partout au Japon c'est la même chose, les machines lavent toutes à l'eau froide. Ou sinon, ils utilisent parfois l'eau du bain (qui est propre puisqu'on rentre dans le bain après s'être bien lavé sous la douche) pour nettoyer le linge.
Je n’utilise pas les sèche-linges parce que pour l’instant c’est l’été et en une nuit le linge devient sec, c’est l’avantage de cette saison, pendant celle des typhons je vais peut être avoir plus de mal à mettre mes affaires sur le balcon.
Bon, cette fois je crois avoir présenté tout ce qu’il y avait à montrer. Peut-être voulez-vous voir quelques décorations dans le dortoir, tel qu’un magnifique tableau et une pendulette, surveillés par une caméra au cas où quelqu’un trouverait cela beau. Je peux aussi montrer une superbe fenêtre avec barreaux pour ne pas que les employés s’échappent, ils sont féroces. D’ailleurs, encore en parlant de caméras, j’ai découvert que certaines filmaient des portes où il n’y a jamais de passage. Encore un moyen de repousser le sexe opposé. Décidément les hommes japonais doivent être effrayés par cette éventualité.